Déclarer un sinistre dans un compromis ou un acte de vente immobilier sans se mettre en faute

J Joseph Rousseau Rédaction
Publié le 10 septembre 2026 Lecture 10 min
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Oui, vous devez déclarer certains sinistres lors d’une vente, et pas seulement « pour être sympa ». La règle simple : tout sinistre indemnisé au titre d’une catastrophe naturelle ou technologique doit être porté à la connaissance de l’acheteur, et il vaut souvent mieux être transparent aussi sur les sinistres qui peuvent peser sur son consentement. Avec une méthode claire et un dossier de preuves, vous sécurisez la signature et vous évitez le scénario du litige qui ressort après coup.

Qu’est-ce qu’un « sinistre » à déclarer, concrètement ?

Dans la vraie vie, on mélange tout : sinistre « assurance », simple désordre, incident ponctuel, défaut d’entretien, travaux mal faits. Le bon réflexe est de raisonner en deux étages.

  • Ce qui est obligatoire : la déclaration des sinistres indemnisés liés à une catastrophe naturelle ou technologique, dans le cadre de l’information due à l’acheteur.
  • Ce qui est prudent : tout événement qui a pu influencer le consentement de l’acheteur (dol au sens de l’article 1137 du Code civil, consentement visé à l’article 1108, et discussions possibles sur la garantie des vices cachés articles 1641 à 1648).

Autant le dire tout de suite : même ancien, un historique peut compter. Pas besoin de paniquer, mais il faut accepter l’idée que l’acheteur n’achète pas seulement un état « du jour », il achète aussi un passé qui peut expliquer des fragilités, des réparations, ou des risques de récidive.

Quels sinistres sont légalement obligatoires à mentionner ?

Le cadre le plus net concerne les catastrophes naturelles et technologiques ayant donné lieu à indemnisation. L’obligation d’information figure à l’article L. 125-5 (IV) du Code de l’environnement.

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Concrètement, dès lors qu’un sinistre a été indemnisé dans le régime « CatNat » (défini à l’article L. 125-1 du Code des assurances, instauré par la loi du 13 juillet 1982), il doit être listé. Le périmètre porte sur les sinistres indemnisés depuis 1982. Les catastrophes technologiques sont prises en compte depuis 2003, et l’information des acquéreurs (et aussi des locataires) sur ces sinistres indemnisés est en place depuis juin 2016.

Bonne nouvelle : vous n’êtes pas un cas isolé. La quasi-totalité des communes a déjà été concernée au moins une fois par un état de catastrophe naturelle ou technologique (34 668 communes sur 35 411, et moins de 1 % exemptées). Ça ne banalise pas votre obligation, mais ça rappelle qu’un historique n’est pas forcément synonyme de bien « invendable » si c’est expliqué et documenté.

Quels cas déclarer « à coup sûr » dans l’acte de vente ?

Voici ce qu’il faut vérifier en priorité : avez-vous subi, pendant votre période de propriété, un sinistre indemnisé au titre d’une catastrophe naturelle ou technologique reconnue par arrêté interministériel et ayant affecté l’immeuble ? Si oui, c’est à déclarer impérativement.

Deuxième point, souvent oublié : si un précédent propriétaire vous a informé d’un sinistre indemnisé, l’information ne s’arrête pas à vous. La continuité de l’information est attendue, et c’est justement là que tout se joue pour éviter l’accusation de rétention.

Ensuite, il y a une zone grise qui n’est pas strictement « CatNat/techno » mais qui peut déclencher de gros ennuis si vous la minimisez : sinistres récurrents (par exemple infiltrations, dégâts des eaux), sinistre structurel, incendie. Le vrai sujet, c’est l’impact sur le consentement : si l’acheteur peut dire « je n’aurais pas acheté, ou pas à ce prix, si je l’avais su », vous êtes sur un terrain sensible.

Réparé, en cours, non réparé : comment le présenter sans se tirer une balle dans le pied ?

Dans les faits, un même sinistre n’a pas le même effet sur la vente selon qu’il est soldé ou non. Votre objectif n’est pas de vous justifier, mais de donner un état clair, vérifiable, et « notaire-compatible ».

Sinistre réparé : vous annoncez la nature du sinistre, la date, l’indemnisation perçue et vous prouvez les réparations (devis et factures, idéalement). Avec les bons gestes, c’est souvent le scénario le plus simple à assumer en négociation.

Sinistre en cours : vous expliquez où en est le dossier (en expertise, accepté, partiel, contesté, clos) et où en sont les travaux (planning, devis, acompte). À ce stade, deux cas de figure : soit vous encadrez l’incertitude via une clause, soit la vente se tend.

Sinistre non réparé : vous précisez la cause, l’urgence et les risques résiduels. Pas de panique, mais ne laissez jamais un flou « on verra » : c’est rarement anodin pour un acquéreur, et c’est le piège classique côté vendeur.

Ce détail change tout : une indemnisation peut être une indemnité avec charge, c’est-à-dire conditionnée à la réalisation de travaux. Si c’est votre cas, l’information doit être clairement portée à l’acte, car elle influence qui doit faire quoi et avec quel argent.

Et en copropriété, comment gérer les sinistres des parties communes ?

En appartement, le suspect numéro 1, c’est l’information dispersée entre vous, le syndic, l’assurance de la copropriété et les décisions d’assemblée générale. L’obligation d’information ne s’arrête pas à votre lot privatif : un sinistre en parties communes peut vous concerner via votre quote-part.

Concrètement, vous demandez au syndic les éléments utiles : procès-verbaux d’AG, relevé de sinistralité, déclarations à l’assureur de l’immeuble, décisions de travaux, appels de fonds, indemnités perçues et leur affectation. Ensuite, vous décrivez la situation de manière intelligible : ce qui a été voté, réalisé, et ce qui reste à charge. Le but n’est pas de noyer l’acheteur, mais d’éviter le flou sur « qui paie quoi ».

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Quand déclarer : au compromis, à l’acte authentique, et avec quel formulaire ?

Le bon arbitrage est simple : vous déclarez à la promesse de vente (ou compromis), puis vous mettez à jour à l’acte authentique si quelque chose évolue. Ne comptez pas sur « quelqu’un » pour le faire à votre place : le propriétaire reste responsable de fournir la déclaration, même s’il missionne un professionnel.

Le document pivot, c’est l’ERP (état des risques et pollutions). Il a une validité de 6 mois et doit être valide au jour de la signature. Il comporte une rubrique dédiée à l’historique des sinistres (section 7 du CERFA), à compléter de façon cohérente avec vos annexes.

Que faire si un sinistre survient entre le compromis et l’acte définitif ?

Là, il faut aller vite et proprement. L’information de l’acquéreur devient obligatoire, en pratique via un avenant au compromis, avec mise à jour de la déclaration et des annexes.

  • Vente maintenue : vous encadrez l’impact (remise, retenue ou séquestre pour financer des travaux, ou clause liée à l’indemnisation).
  • Vente remise en cause : si le bien est détruit ou perd son intérêt, l’acquéreur peut renoncer.
  • Assurance : les droits nés du contrat d’assurance peuvent être transmis après promesse de vente (décision du 7 mars 2019), à condition de documenter clairement qui déclare, qui perçoit l’indemnité et comment elle est utilisée.

Sur le terrain, c’est souvent là que les choses se compliquent : tout le monde veut signer, mais personne ne veut porter un risque mal écrit. Une décision = un écrit, et idéalement une clause validée par le notaire.

Qu’écrire dans la déclaration annexée à l’acte (sans roman, sans oubli) ?

Pas besoin d’un imprimé imposé : une déclaration sur papier libre annexée au contrat peut suffire. La base de tout, c’est d’être factuel, daté, et cohérent avec l’ERP et les pièces.

Élément à mentionner Ce que vous écrivez Justificatifs utiles
Nature du sinistre Type d’événement et zones touchées dans le bien Déclaration à l’assureur, rapport d’expertise
Date de survenance Date ou période Courriers, dossier assureur
Indemnisation Indemnités perçues, et indemnité avec charge si applicable Attestation d’indemnisation, correspondances
Réparations Réalisées, en cours ou non réalisées Devis, factures, preuves d’acompte
État du dossier Accepté, partiel, contesté, en expertise, clos Courriers, échanges assureur

Quels justificatifs préparer pour éviter les litiges (et rassurer l’acheteur) ?

Le réflexe le plus rentable, c’est le dossier de preuves. Non seulement il démontre votre bonne foi (anti-dol), mais il permet de prouver ce qui a été réparé (anti-vices cachés). Voici la liste courte qui couvre l’essentiel, sans surcharger.

  • Déclarations originales de sinistre, attestations d’indemnisation, correspondances, rapports d’expertise.
  • Devis et factures des travaux réalisés, et tout document montrant l’avancement si ce n’est pas terminé.
  • Si vous les avez : anciens actes de vente mentionnant des sinistres dont vous avez été informé.

Anecdote de terrain : j’ai déjà vu une vente se débloquer simplement parce que le vendeur a retrouvé, via son assureur, l’attestation d’indemnisation et deux factures. Le même sinistre, sans papier, devenait « inquiétant ». Avec papier, il redevenait « géré ».

Décennale, dommages-ouvrage : ce qui se transmet et ce que le notaire va demander

Si le bien a moins de 10 ans, deux notions reviennent souvent : la garantie décennale et l’assurance dommages-ouvrage. Elles sont attachées à l’ouvrage et se transmettent au nouveau propriétaire jusqu’au dixième anniversaire. Exemple concret : si une maison est revendue à 4 ans, il reste 6 années de dommages-ouvrage à l’acquéreur.

Le notaire peut exiger l’attestation dommages-ouvrage pour une construction de moins de 10 ans. En cas d’absence, elle peut être mentionnée dans l’acte, avec un impact possible dans la négociation.

Oublier ou dissimuler : ce que vous risquez vraiment

Grosse erreur : penser qu’un sinistre « vieux » ou « réglé » peut être passé sous silence sans conséquence. Une omission peut mener à une annulation de la vente pour réticence dolosive (article 1137 du Code civil), avec dommages-intérêts. Et selon les cas, la garantie des vices cachés (articles 1641 à 1648) peut aussi s’inviter dans le débat. Une décision du 21 mai 2014 a confirmé l’annulation pour omission d’infiltrations récurrentes, avec dommages-intérêts.

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Mon conseil de vendeur à vendeur : si vous hésitez à écrire une info, c’est souvent qu’il faut l’écrire, mais proprement, datée, et avec les pièces qui montrent ce qui a été fait.

Quel impact sur le prix, et comment négocier sans improviser ?

Tout dépend de la gravité, de l’incertitude et de votre niveau de preuves. Des repères de décote existent : un sinistre majeur peut se traduire par 10 ou 15 %, un incendie important autour de -15 %, un dégât des eaux important autour de -10 %, un sinistre structurel ancien réparé autour de -5 % selon le contexte. Ce ne sont pas des règles automatiques, mais des ordres de grandeur pour structurer la discussion.

La méthode la plus saine consiste à raisonner en 3 blocs : le coût des réparations (devis), les coûts induits (intrusion, retard, franchise) et une prime de risque liée aux incertitudes ou à la récurrence. Plus votre dossier est complet (expertise, factures, cohérence ERP et déclaration), plus la discussion se fait sur des faits, et moins sur des peurs.

Dernier point de vigilance : si vous vendez après des années de détention (la durée moyenne est de 8 ans et 3 mois), avoir eu un sinistre n’a rien d’extraordinaire. Ce qui fait basculer une vente, c’est presque toujours la même chose : un sinistre mal déclaré, mal documenté, ou découvert trop tard, au mauvais moment, chez le notaire.

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L’auteur

Joseph Rousseau

La maison, je la connais de fond en comble : acheter, aménager, entretenir, réparer... je partage mes connaissances avec des articles de fond clairs et chiffrés pour apporter ma pierre à votre édifice.

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