Charges de copropriété non récupérables, ce que le bailleur ne peut pas facturer au locataire et comment l’anticiper

J Joseph Rousseau Rédaction
Publié le 30 juillet 2026 Lecture 12 min
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Pour savoir ce que vous ne pouvez pas refacturer au locataire, retenez une règle simple : une charge de copropriété n’est récupérable que si elle est explicitement prévue dans le décret n°87-713 du 26 août 1987. Tout le reste, même si ça apparaît sur un appel de fonds du syndic, reste à la charge du propriétaire, et c’est précisément ce qui peut faire déraper votre trésorerie si vous ne le ventilez pas poste par poste.

Pourquoi la frontière « récupérable / non récupérable » change tout pour un bailleur ?

Le vrai sujet, ce n’est pas le libellé « charges de copropriété » sur un document. Dans les faits, un appel de fonds mélange souvent de l’entretien courant (souvent récupérable) et des dépenses de patrimoine (non récupérables). Si vous refacturez en bloc, vous prenez un risque : contestation, régularisation à refaire, et relation locataire qui se crispe.

Autant le dire tout de suite : la règle d’interprétation est stricte. Seules les dépenses listées par les textes sont des charges récupérables (appelées aussi charges locatives) que vous pouvez récupérer via des provisions (ou un forfait dans certains baux). Tout ce qui n’est pas dans la liste devient une charge non récupérable qui reste pour vous.

Quels textes et quels documents utiliser pour trancher sans se tromper ?

Pour un bail d’habitation, le cadre s’appuie sur la loi du 6 juillet 1989, avec la notion de charges récupérables posée par la loi du 23 décembre 1986 (article 23), et surtout la liste du décret n°87-713 du 26 août 1987. Quand un poste est « gris », la logique à adopter est celle-ci : si ce n’est pas expressément prévu, vous partez sur du non récupérable, sauf élément clair qui démontre le contraire.

Sur le terrain, ce qui fait gagner du temps, c’est d’avoir les bonnes pièces sous la main, parce que la preuve et la ventilation se jouent là. Voici ce que je conseille de rassembler dans un dossier « Copro » :

  • règlement de copropriété, arrêté annuel des comptes, budget prévisionnel;
  • PV d’assemblée générale, devis votés ou en discussion, contrats d’entretien (ascenseur, chaudière);
  • factures, et si besoin contrat de travail du gardien et fiche de poste.

Quelles charges de copropriété sont typiquement non récupérables ?

Il y a de quoi s’y perdre, donc je vais droit au but avec les familles qui reviennent le plus chez les bailleurs. Gardez en tête un repère de décision très net : tout ce qui ressemble à de la gestion, de l’assurance propriétaire, du contentieux, de l’amélioration ou du gros entretien a de fortes chances d’être non récupérable.

Taxes : ce que le propriétaire doit assumer

La taxe foncière est une charge du propriétaire (ou de l’usufruitier), avec un assujettissement au 1er janvier. C’est une confusion fréquente, surtout quand on « globalise » des lignes dans les comptes : non, elle ne se refacture pas au locataire au titre des charges de copropriété.

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Gros travaux et conservation de l’immeuble : la note qui tombe sur votre trésorerie

Ravalement, toiture, structure, étanchéité, réfection de plancher : ce sont des postes non récupérables typiques, parce qu’on est sur la conservation du patrimoine. Les ordres de grandeur donnés pour des « gros travaux » vont de 10 000 EUR à 50 000 EUR, ce qui suffit à comprendre pourquoi il faut anticiper.

Même logique pour les travaux de mise en décence : si vous devez remettre le logement au standard de décence, ce n’est pas une charge locative, c’est pour le propriétaire.

Modernisation lourde des équipements collectifs : ne pas confondre avec l’entretien

Le piège classique, c’est l’ascenseur ou la chaudière collective. Sur un même équipement, vous pouvez avoir des lignes récupérables et non récupérables. Exemple : modernisation lourde d’ascenseur non récupérable, alors que le contrat d’entretien annuel relève plus souvent de l’entretien courant.

On retrouve aussi un point cité comme non récupérable : le contrôle technique d’ascenseur tous les 5 ans. Et côté chauffage collectif, le remplacement complet de chaudière est non récupérable, alors que l’entretien courant et les consommations relèvent plutôt de la récupération (à vérifier poste par poste).

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Frais de gestion et d’administration : attention aux honoraires

Les honoraires de syndic comportent une part non refacturable, et les frais d’assemblée générale sont mentionnés comme non récupérables. Ajoutez à cela les frais de gérance et honoraires de gestion locative : ils sont non récupérables, puisqu’ils rémunèrent la gestion du propriétaire, pas un service rendu au locataire.

Pour se donner un ordre d’idée, il est indiqué que le syndic représente 1 % à 3 % des charges communes annuelles, et la gestion locative 5 % à 10 % des loyers. Exemple concret : pour un loyer de 1 200 EUR par mois, une gestion à 5 % fait 60 EUR par mois, soit 720 EUR par an de dépenses non récupérables.

Assurances du propriétaire : non récupérables, même si elles « sécurisent » l’immeuble

Les primes d’assurance du propriétaire, notamment l’assurance PNO, sont non récupérables. La logique est simple : elles protègent le bailleur. Bonne nouvelle : c’est typiquement le genre de dépense qui peut être déductible au réel, mais elle ne doit pas être basculée sur le locataire.

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Contentieux et recouvrement : juridiquement fragile à refacturer

Les honoraires d’avocat ou d’huissier sont cités comme non récupérables, sauf décision de justice contraire. Et gardez en tête la prescription de 3 ans pour réclamer des impayés de loyers ou de charges : ce délai influence votre façon de régulariser et de relancer.

Achats, remplacements de matériel et « améliorations » : des lignes souvent mal ventilées

On voit passer des remplacements ou achats comme digicode, boîtes aux lettres, poubelles, aspirateur des parties communes : ils sont indiqués comme non récupérables. Même chose pour la télésurveillance ou la téléalarme, citées comme postes non récupérables et souvent contestés. Un libellé « sécurité » ou « prestation » ne suffit jamais : il faut la nature exacte de la dépense.

Espaces verts et interventions exceptionnelles : distinguer entretien courant et remplacements

Certaines interventions sont citées comme non récupérables : élagage et remplacement d’arbres, remplacement de haie ou de massif, débouchage des égouts, dératisation, nettoyage de graffiti, enlèvement d’encombrants. Là encore, ce détail change tout : si vous ne triez pas, vous refacturez à tort, et c’est rarement anodin en cas de contestation.

Le cas particulier du gardien : comment gérer les pourcentages et les zones d’incertitude ?

Le poste « gardien ou concierge » est le suspect numéro 1 quand on parle de récupération partielle. Une partie du coût peut être récupérable selon les tâches réellement effectuées, notamment l’entretien des parties communes et la sortie des poubelles. Mais dès que les tâches ne sont pas clairement documentées, vous entrez dans une zone d’incertitude.

Des pourcentages sont cités pour la part non récupérable : 25 % si le gardien fait entretien et déchets, 40 % si le gardien ne fait que l’un des deux. Une autre occurrence évoque 60 % non récupérable s’il ne s’occupe que d’une des deux tâches. Dans la vraie vie, plutôt que de choisir un chiffre « au feeling », le bon réflexe est de repartir des tâches prévues et des justificatifs disponibles.

Ce qu’il faut vérifier en priorité pour ventiler proprement :

  • contrat de travail ou contrat de prestation, fiche de poste;
  • clés de répartition du syndic, règlement de copropriété, PV d’AG si une décision encadre la ventilation;
  • cohérence entre ce qui est facturé et ce qui est réellement fait au quotidien.

Petite anecdote de gestion : j’ai déjà vu un bailleur refacturer « gardien » à 100 % parce que « c’est dans les charges ». Le locataire a demandé les justificatifs, et comme la ventilation n’était pas défendable, il a fallu corriger la régularisation. Pas de panique, ça se rattrape, mais ça coûte du temps et ça abîme la relation.

Comment ventiler un appel de fonds du syndic pour produire un décompte locataire conforme ?

La base de tout : les provisions versées au syndic ne sont pas récupérables en bloc. Ce qui compte, c’est la part « locative » après l’arrêté annuel des comptes, et uniquement sur les postes qui entrent dans la liste récupérable. Ensuite, vous appliquez votre quote-part de copropriété (vos tantièmes) poste par poste.

Exemple de mécanique : une copropriété compte 30 lots, votre quote-part est de 3 %. Grosse erreur à éviter : appliquer 3 % à tout l’appel de fonds sans tri. La bonne méthode consiste à appliquer 3 % uniquement aux lignes concernées, puis à séparer ce qui est récupérable de ce qui est non récupérable.

Étape Ce que vous faites Résultat attendu
1 Identifier la nature exacte de chaque dépense (pas le libellé global) Vous savez si la dépense peut entrer dans les charges locatives
2 Vérifier l’éligibilité au décret n°87-713 du 26 août 1987 Présomption: récupérable si listé, sinon non récupérable
3 Appliquer la quote-part (exemple: 3 %) seulement sur les postes concernés Votre montant « propriétaire » par poste
4 Comparer au total des provisions locataire déjà versées Solde à restituer ou à appeler au locataire

Si vous voulez un format de décompte « béton », une structure ligne par ligne est proposée avec des colonnes du type : poste du syndic, justificatif, référence au décret 1987, montant total immeuble, quote-part, récupérable, non récupérable, provisions déjà payées, solde locataire. Le but n’est pas de faire joli, c’est de pouvoir expliquer chaque chiffre sans vous noyer dans la technique.

Quand un locataire conteste, ce n’est pas forcément le montant qui coince, c’est l’opacité. Une ventilation lisible et justifiée désamorce la majorité des tensions.

Régularisation : quels délais respecter, et quels droits du locataire anticiper ?

En location vide avec provisions, la régularisation se fait au moins 1 fois par an. Vous devez prévenir 1 mois avant en fournissant un décompte et le mode de répartition. Les justificatifs doivent rester à disposition pendant 6 mois après l’envoi du décompte.

Deux repères qui changent votre pilotage :

  • prescription de 3 ans pour réclamer des impayés de loyers ou de charges (exemple donné : une dette de mars 2026 est réclamable jusqu’en mars 2029);
  • si la régularisation n’a pas été faite avant la fin de l’année civile, le locataire peut exiger un paiement échelonné sur 12 mois.

Côté flux : si les provisions sont supérieures aux dépenses, vous restituez le trop-perçu. Si elles sont inférieures, vous appelez le complément. Et si vous gérez du meublé, retenez la différence : vous pouvez être en provisions avec régularisation, ou en forfait inscrit au bail (pas de complément possible, révision annuelle possible). En bail mobilité, les charges sont uniquement au forfait.

Charges non récupérables : quel impact fiscal et comment l’anticiper dans votre stratégie ?

Non récupérable ne veut pas dire « perdu ». Souvent, ces dépenses pèsent sur votre trésorerie mais peuvent être déductibles au régime réel. La logique diverge selon que vous êtes en location nue (revenus fonciers) ou en location meublée (BIC, avec amortissements au réel).

En location nue, vous avez notamment le choix entre micro-foncier et réel. Le micro-foncier prévoit un abattement de 30 % avec une condition évoquée de revenus fonciers inférieurs ou égaux à 15 000 EUR par an. Au réel, vous déduisez les charges non récupérables, mais aussi les intérêts d’emprunt, les frais de dossier et les garanties de crédit cités. Point à connaître : des travaux d’agrandissement ou de reconstruction sont indiqués comme non déductibles car ils enrichissent le patrimoine.

Si vous avez une grosse année de copropriété, le déficit foncier devient un outil de pilotage. Le plafond mentionné d’imputation sur le revenu global est de 10 700 EUR. Et il est fait état d’un report du reliquat sur 6 ans si le reliquat est inférieur à 10 700 EUR, et sur 10 ans s’il est supérieur à 10 700 EUR.

Trésorerie : deux exemples chiffrés pour provisionner au bon niveau

Pour sortir du théorique, regardons ce que ça fait sur une année « normale » et une année de travaux. Un exemple de simulation est donné avec : loyers annuels hors charges 9 600 EUR, charges récupérables refacturées 1 200 EUR, charges non récupérables récurrentes 1 000 EUR, gros travaux en année N 8 000 EUR. Le cash-flow simplifié ressort à environ +8 600 EUR avant travaux, puis +600 EUR l’année des travaux. C’est souvent là que les gens se trompent : un investissement rentable sur le papier peut devenir très tendu si le calendrier des travaux n’est pas intégré.

Autre cas parlant : ravalement et isolation à 180 000 EUR sur l’immeuble, avec une quote-part bailleur de 3 %, soit 5 400 EUR. Si vous aviez prévu une « caisse travaux » de 2 000 EUR par an, il reste 3 400 EUR à trouver l’année où l’appel de fonds tombe. Le réflexe le plus rentable, c’est de convertir les décisions d’AG en effort d’épargne annuel, plutôt que de subir.

Avant d’acheter en copropriété : la checklist qui évite les mauvaises surprises

Avant de vous engager, vous pouvez déjà estimer vos futures charges non récupérables en lisant les signaux faibles : postes exceptionnels, discussions récurrentes en assemblée générale, équipements vieillissants, lignes comptables qui augmentent, niveau du fonds de travaux face aux dépenses à venir. Demandez systématiquement les PV d’AG, le carnet d’entretien, l’arrêté annuel des comptes, le budget prévisionnel, les contrats d’entretien, et les devis votés ou non votés.

Je termine avec un conseil de gestion très simple : faites deux scénarios. Un scénario conservateur où rien de majeur ne passe, et un scénario pessimiste où un gros poste arrive après la prochaine AG. Vous le traduisez en quote-part (tantièmes) et en trésorerie à immobiliser. Vous avancez alors avec une base claire, et vos charges non récupérables arrêtent d’être une loterie.

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L’auteur

Joseph Rousseau

La maison, je la connais de fond en comble : acheter, aménager, entretenir, réparer... je partage mes connaissances avec des articles de fond clairs et chiffrés pour apporter ma pierre à votre édifice.

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